Le graphiste de plus de 50 ans existe-t-il ? [ou] Le mythe du cimetière des éléphants

C’est une vérité: Le graphiste de plus de 50 ans est une denrée rare…

Une légende veut qu’ils soient appelés au début de leur fin de parcours par un signal (?) mystérieux qui les entrainent dans un coin secret où ils pourront finir discrètement leurs carrières… voir leurs jours ? tels les vieux éléphants attirés par un signal immémorial.

Poétique ou lugubre…  je ne sais !

Mais les faits sont là… Chez les graphistes pour 1 de 50 on en trouve 5 de 20.

Sans avoir fait science po, en arithmétique pur ça pose un sérieux problème. Cherchons le delta !

On en a perdu au moins 4 en route (voir 5 selon certaines sources)… où sont-ils ???

Ecartons les problèmes cardiaques dûs au trop grand stress de la fonction, les cécités précoces dûs aux écrans (les graphistes aveugles sont encore plus rares que les + de 50), ou le graphiste dont les coronaires bouchées par le cholestérol et son embonpoint qui succombent à 22 heures le soir seul devant son écran au bureau… car si le graphiste est statique, il est tout autant assidu. Ces problèmes certes réels ne représentent qu’une petite portion de cette perte arithmétique.

Peut être le problème est-il poser à l’envers ?

Le nombre de graphiste de + de 50 est correct. Le problème c’est ceux de 20. Forcement!

Trop jeunes, inexpérimentés, tout fou… ils pensaient ne faire que de la retouche mannequin sur Photoshop, et voilà qu’on les colle à faire un catalogue de 400 pages de raccords plomberie ! Espérer créer des logos pour les plus grandes marques et se faire jeter par le boulanger du coin qui trouve que ta proposition est nulle ! Espérer exercer en rapport avec une passion personnelle, et finalement faire la mise en page d’un magazine sur le retour du crochet et du tricot. Démarrer à 3000 par mois et finir à 6000…

OUI… mais non ! oui ça arrive, mais bon… pas si souvent que ça ! Ils ont globalement tous bien compris ce qu’allait être leur métier et ils l’abordent avec bon esprit.

Ou alors, le graphiste de + de 50 n’est peut être plus graphiste… ben oui !

À 50 ans le graphiste a évolué, il s’est transformé, muté… en DA par exemple. Un directeur artistique de 50 ans ça ne choque pas… puisqu’il dirige les 4 graphisteS de 20 ans. L’autorité au service de la fraicheur ? ou l’expérience au service de l’apprentissage !

En enseignant peut-être ?

L’envie de transmettre, lui qui a dû apprendre à la dure. Se dire que dans ce monde de brutes,  un peu de douceur pour aider tous ces jeunes à se lancer.

Peut-être en formateur dans l’une de ses innombrables structures où l’on envoie, après de brillants bilans de compétences, des secrétaires, des assistantes commerciales, de simples employés de bureau, suivre en 3 mois une formation QUALIFIANTE (si si) de maquettiste en leur promettant des débouchés sur une filière très exigeante et très saturée… je m’égare, c’est un autre débat

Ou mieux, il s’est transformé en directeur d’agence ! oui bien sûr, c’est ça !

DIRECTEUR D’AGENCE. Cool. Sur le papier ça fait rêver.

Las de recevoir des briefs incompréhensibles d’un DA ou d’un patron qui, décidément, ne comprennent rien (ils avaient sans doute plus de 55 ans), il décide de monter sa structure.

Directeur d’agence ! Le bon plan pour franchir 50 ans et échapper au funeste appel. Idéalement, il peut promouvoir un graphiste d’âge similaire au poste de DA ou de chef de studio… ainsi il n’est pas seul. Après il suffit de s’entourer d’une ribambelle de jeunes. Et l’affaire est faite.

Bon la réalité, c’est 80 heures par semaine et plus de famille, mais t’es toujours là !

Mais tous n’ont pas eu la chance, l’opportunité ou l’envie de subir cette métamorphose… alors ? Le graphiste de + de 50 ans serait-il mal vu ? déprécié ? caché ?

Une agence de jeunes aurait-elle honte de ses pré-seniors ? Une start-up ne peut-elle être confiée à un « vieux » graphiste ?

Jugé has been, non pas par ses pairs, ce serait un comble, mais par les jeunes qui lui montrent constamment et involontairement que décidément, pépère, t’es plus à la page !!!

« T’as liké sur mon Facebook le tweet sur le Hashtag du Pinterest de Fred ? Hein ? »

« Trop fort ! T’as mis un QRCode ! Tu sais à quoi ça sert ? Et surtout que ça sert plus ? »

« Fais un mock up ! Va voir sur Freepik ! Fais une mise en page liquide ! Prends une image sur Google !  Tu préfères Behance ou Fubiz?  C’est quoi Xpress, une lessive ? »

Épuisant !

Bien sûr, son expérience incontestable est précieuse !

« C’est quoi le raccourci pour le copier-coller ??? » 

et son historique dans la boite en fait un référent incontournable.

«  Kika travaillé en 2002 sur le catalogue Plomberie? Elles sont où les archives ? » 

« C’est moi et 3e tiroir de gauche, 18e CD en partant de la rangée centrale, attention la boite est abimée »

 » Ouah ! MDR ! des CD »

Certes, ce n’est pas faux, le graphiste de + de 50 ans est parfois un peu (juste un peu) largué… être à la page tout le temps, en permanence n’est pas une sinécure, et même si il faut tendre vers cette constante veille, est-ce en soit LE but ?

Rendez vous compte, son début de carrière s’est fait sans l’ordinateur (je vous jure que c’est vrai)… il a appris sur le tas ! Petit à petit en échangeant avec des collègues (des collègues, pas des forums), des partenaires, des clients le tout dans une saine synergie pour tendre ensemble vers le même but : progresser !

Il a connu Page Maker et Xpress…. Les écrans en 256 couleurs et les modem 56 k. Les feutres inactiniques et les films pour l’imprimeur…

Donc on peut considérer que sa capacité d’apprentissage n’est plus à démontrer… et son sens de l’analyse non plus, car pour perdurer c’est bien une des qualités incontournables : sens de l’analyse, écoute, créativité.

Donc regardez autour de vous, il y a sans doute dans votre agence un vieuuuuxxx graphiste qui ne demande qu’a vous démontrer que ses compétences sont toujours à votre service !

Et puis… le vintage est à la mode non ?

 #sauverlesvieuxgraphistes

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